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Expo Lingerie Française : les dessous d’une industrie pas si glamour

L’exposition Lingerie Française s’est ouverte à Paris avant de partir vers des villes étrangères. Cette jolie petite rétrospective a oublié sa leçon d’histoire et tourne en petite réunion de famille qui en oublie ses grandes sœurs…

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La lingerie française s’expose à Paris, elle dévoile ses charmes, blablabla… Ce sont dans ces termes obséquieux que la plupart des médias parisiens annonçaient l’exposition Lingerie Française à l’Espace Pierre Cardin. Termes repris tout bonnement – comme très souvent – du dossier de presse. Idem pour les images : les photos reprises sont celles du livre vendu à la sortie de l’exposition et ne représente aucunement l’exposition en elle-même. Soit.
Qui y est allé, en fait ?

L’espace est vêtu de noir. Sur la gauche, deux grands « murs » de pièces de lingerie, exposées très simplement sur des cintres transparents, derrière un voile noir (pour éviter les postillons ?). Les pièces sont fragiles, sortir ces tissus à l’air libre, sous la lumière, est un risque.

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Le découpage est assez chronologique. On commence par un ancien corset Chantelle, pour enchaîner sur les soutiens-gorge et culottes, on finit par les parures actuelles. Mais, au final, on compte peu de pièces très anciennes.

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Au fond, un écran diffuse un diaporama de publicités jusque dans les années 70. Un second écran s’intéresse aux publicités des années 70 à nos jours.

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Sur la droite, au fond, un petit « salon » permet de s’asseoir et d’assister à la projection d’un film dédié au savoir-faire (film sans commentaire sur les ateliers Lise Charmel, entre autres).

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De l’autre côté, le « clou du spectacle » : « un strip-tease-transhistorique-holographique évoquera en grandeur nature l’évolution de la silhouette féminine que la lingerie française a toujours sublimée. » dit le dossier de presse. Il s’agit d’un grand écran, avec un paravent en bois réel derrière lequel se cache une femme pour se changer et « revenir » sur la scène avec de nouvelles « lingeries ».

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On trouve également un espace conçu comme les nouveaux « bars » des magasins, le « tactylodrome lycra » : quelques loupes pour voir quelques fils, quelques morceaux de tissus…

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Et tout au long de cette petite exposition, des kakémonos retraçant très rapidement l’histoire de la lingerie (les grandes étapes techniques et sociétales).

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Tout ceci a pourtant été conçu sous l’œil et la caution de l’historienne de la mode Catherine Örmen, qui a d’ailleurs signé « Histoire de la lingerie » avec Chantal Thomass. Une historienne certainement bridée, non pour des raisons de simplicité et d’attrait du public mais visiblement pour des raisons politiques. Car l’exposition est organisée par Lingerie Française, autrement appelée « Promincor – Lingerie Française » – Association pour la Promotion des Industries de la Corseterie. Il est amusant de constater que seules les marques liées à l’association, Chantelle en tête, sont présentes dans cette exposition qui prend donc rapidement des airs syndicalistes – lobbyistes. Amusant et à la fois très triste, car l’exposition prive ainsi son public de pans essentiels de cette fameuse histoire de la lingerie depuis un siècle. Pourtant, dans cette histoire, il n’est pas question que de création. Il est également question de grands bouleversements sociétaux et du métier de la corseterie, métier en perdition aujourd’hui en France. Cette exposition, qui s’apprête à voyager vers Londres, Dubaï et Shangaï – centres névralgiques de la lingerie aujourd’hui – et qui doit promouvoir le luxe et le savoir-faire à la française, manque cruellement de partialité. Car, franchement, que dire de l’oubli INCROYABLEMENT IRREVERENCIEUX des deux grandes marques françaises que sont Cadolle et Chantal Thomass (qui est pourtant désormais dans le giron de Chantelle) ?
Allons, rappelons tout de même que le premier brevet de soutien-gorge (le corselet-gorge, datant de 1889) nous vient d’Herminie Cadolle. Que la guêpière est ENCORE une invention de la Maison Cadolle. Et que sans Chantal Thomass, nous porterions toutes des « Cœur Croisé » ou des culottes à élastiques Calvin Klein, et que la fameuse séduction de la lingerie française aurait été reléguée au rang des vieux souvenirs du cabaret et autres French Cancan.

Espace Pierre Cardin
1-3 avenue Gabriel
75008 Paris

Du 5 au 26 juillet 2012

Photos expo : SB

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